Médicaments et grossesse : lesquels sont déconseillés ?

Pendant la grossesse, un médicament habituellement anodin peut présenter un risque pour le fœtus, qui varie fortement selon la molécule et le trimestre. Voici les grands principes à connaître — sans jamais remplacer l'avis de votre médecin, sage-femme ou pharmacien.

Pourquoi la grossesse change la donne

Pendant la grossesse, un médicament pris par la mère peut traverser le placenta et atteindre le fœtus, dont les organes sont en plein développement, en particulier durant le premier trimestre (période la plus sensible aux effets tératogènes, c'est-à-dire pouvant provoquer des malformations). Après la naissance, pendant l'allaitement, le même enjeu se pose via le passage du médicament dans le lait maternel. Le niveau de risque dépend de la molécule, de la dose, de la durée d'exposition et du stade de la grossesse — il n'existe pas de règle unique applicable à tous les médicaments.

Les antalgiques : attention aux anti-inflammatoires

Le paracétamol, aux doses recommandées, reste l'antalgique de référence pendant la grossesse en première intention. En revanche, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, aspirine à dose anti-inflammatoire, kétoprofène...) sont contre-indiqués à partir du début du 6ᵉ mois (24 semaines), en raison d'un risque rénal et cardiovasculaire documenté pour le fœtus, et déconseillés dès le début de la grossesse sauf avis médical contraire.

Les traitements chroniques : ne jamais arrêter seul

Pour une femme enceinte suivant déjà un traitement de fond (épilepsie, hypertension, troubles thyroïdiens, troubles psychiatriques), l'arrêt brutal du traitement peut être bien plus dangereux pour la mère et l'enfant que la poursuite d'un médicament à risque modéré, correctement ajusté. C'est au médecin spécialiste, en lien avec le projet de grossesse ou dès son annonce, d'évaluer si une adaptation ou un changement de molécule est nécessaire — jamais une décision à prendre seule.

N'arrêtez jamais un traitement chronique de votre propre initiative en apprenant une grossesse : contactez rapidement le professionnel de santé qui suit votre pathologie pour réévaluer le traitement si nécessaire.

Et pendant l'allaitement ?

La plupart des médicaments passent dans le lait maternel en quantité variable, mais beaucoup restent compatibles avec l'allaitement à dose usuelle, notamment le paracétamol. D'autres nécessitent une prudence particulière (certains psychotropes, certains traitements de l'acné comme l'isotrétinoïne, strictement contre-indiquée). Le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT), consulté par de nombreux professionnels de santé, constitue la référence officielle en France pour ces questions — votre médecin ou votre pharmacien peut s'y référer directement.

Les bons réflexes

  • Signalez une grossesse (même simplement envisagée) à tout professionnel de santé avant une nouvelle prescription ;
  • Ne prenez aucun médicament sans ordonnance pendant la grossesse sans l'avis préalable de votre pharmacien, y compris pour un traitement habituellement anodin ;
  • Vérifiez systématiquement le pictogramme dédié à la grossesse présent sur certaines boîtes de médicaments (voir notre article sur les pictogrammes des médicaments) ;
  • En cas de prise accidentelle d'un médicament déconseillé avant de savoir que vous étiez enceinte, contactez votre médecin : l'inquiétude rétrospective est fréquente, mais la majorité des expositions ponctuelles précoces n'ont pas de conséquence — seul un avis médical individualisé peut rassurer ou orienter un suivi adapté.
Sources
  • CRAT — Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, référence officielle sur les médicaments et la grossesse.
  • ANSM — pictogrammes et contre-indications liés à la grossesse.

Dernière relecture éditoriale : 6 octobre 2026

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